21 Nov
4:12

Depuis des décennies, les médecins ont constamment amélioré les techniques de greffe d’organes. Les résultats sont impressionnants : moins de rejets, moins de complications et des interventions de moins en moins invasives pour les patients. Cependant, un problème n’a pas changé : le manque de donneur.
En effet, ce facteur est totalement indĂ©pendant de la recherche mĂ©dicale et il est peu probable que le nombre d’organes Ă  greffer augmente dans les prochaines annĂ©es. Un second problème est celui de la compatibilitĂ© du donneur. Si l’organe nĂ©cessaire peut ĂŞtre trouvĂ©, le donneur n’est pas forcĂ©ment compatible avec le receveur. L’organe serait alors dĂ©tectĂ© comme Ă©tranger par le système immunitaire du receveur qui le rejetterait (plus d’information sur les greffes ici).

Comment résoudre le problème du manque de donneur et réaliser les greffes?

De nos jours, une autre approche est en plein essor. Le premier cœur artificiel greffé par une équipe française et créé par la société Carmat® (http://www.carmatsa.com). Cette approche demande le développement de l’organe à partir de matériaux qui ne seront pas rejetés par l’organisme après la greffe, ce qui rend la tâche très compliquée. Pour palier ce problème, les chercheurs travaillent de nos jours sur la manière de faire « pousser » des organes à partir de cellules. Il s’agit alors de culture cellulaire 3D.

 

La culture cellulaire en 3D, l’avenir des greffes d’organes

L’idée est de recréer l’environnement complet des différents groupes cellulaires et de leur ajouter des molécules appelées facteurs de croissances. De cette manière, les cellules se développeront naturellement et de la même manière que dans le corps humain. Ainsi, il est possible de recréer un tissu complet, et par la suite, un organe entier. Le problème de compatibilité ne se pose alors plus, puisqu’il est tout à fait possible de partir des cellules d’un donneur compatible sans lui retirer son organe, ou encore mieux, de partir des cellules du receveur lui-même.
Cette semaine, une équipe de chercheurs américaine venant du Wisconsin annonçait avoir réussi à faire pousser in vitro des cordes vocales en laboratoire. La grande question est la suivante : sont-elles fonctionnelles ? La réponse est oui, et c’est pour cela que cette réussite est un véritable exploit faisant suite à de nombreuses années de travaux. Plus particulièrement, dans le cas des cordes vocales, les replis de muqueuse situés au niveau du larynx sont très difficiles à reproduire in vitro. Ces replis déterminent la fonction de ces cordes vocales puisqu’ils doivent être capables de vibrer lors du passage de l’air.

cordes vocales artificielles greffe

Cordes vocales artificielles pour une greffe Ă©ventuelle

Comment ces cordes vocales artificielles ont-elles été créées?

La muqueuse a été recréée à l’aide de cellules épithéliales humaines purifiées et déposées sur une matrice de collagène en trois dimensions. Cette matrice permet de donner une forme à la culture et d’envisager la croissance du tissu dans toutes les directions de l’espace telle qu’elle doit se dérouler naturellement. Après avoir obtenu ces cordes vocales artificielles, les chercheurs les ont greffées à des rongeurs possédant un système immunitaire modifié (permettant une greffe de cellules humaines). La même chose a été réalisée sur des chiens et les sons obtenus étaient bien conformes aux aboiements canins. Aucun rejet n’a été observé au cours de ces tests, c’est à dire pendant une durée de trois mois.

cordes vocales culture 3D

Comparaison entre culture 2D et culture 3D pour la production de cordes vocales en vue d’une greffe

Quel avenir pour les greffes de cordes vocales?

Quelle prouesse me direz-vous, mais tout n’est pas gagné, en effet l’architecture des cordes vocales obtenues artificiellement est bien plus simples que celle des cordes vocales humaines naturelles. Il faudra donc encore de nombreuses années avant de pouvoir produire artificiellement des cordes vocales de la même complexité que les cordes vocales naturelles. Cette avancée donne néanmoins de bons espoirs de pouvoir traiter un jour les patients ayant perdu leur voix à la suite d’une maladie ou d’une intervention chirurgicale.

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« Les mystères de la matière noire

Billythekid

PhD Student in Biophysics

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